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Des paysages agri-urbains

publié le 13 novembre 2014 (modifié le 2 février 2016)

"La crise du Phylloxera a joué un rôle essentiel dans cette région de vignobles ancestrale, avec les abbayes. Toute la dernière décade du XIXème siècle transforme le vignoble en produits maraîchers et surtout arboricoles. C'est l'avant-dernier pan d'une agriculture périphérique très active. "

François BOULET

La ceinture de Paris et la vallée de la Seine

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Champs de salades dans la plaine de Montesson

La ceinture maraîchère de Paris compose encore quelques paysages très particuliers du département (taches mauves et rouges sur la carte « Paysages et agriculture »).

Les plus spectaculaires sont ceux de la plaine de Montesson, dont les grandes étendues de salades, (mais aussi sur ses marges de cultures maraîchères ou d’herbes aromatiques plus diversifiées), ouvrent d’un côté sur les hautes tours de la Défense et de l’autre sur la grande masse boisée de la forêt de Saint-Germain soulignée par la terrasse du château.

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Maraîchage traditionnel à Montesson

Ce cœur agricole est un reste d’espaces maraîchers autrefois beaucoup plus étendus, à la faveur d’une part des terres alluviales fertiles de la vallée de la Seine, et d’autre part de la proximité de Paris, dont il fallait assurer la subsistance.

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Sartrouville vers 1910 : une commune encore rurale (source : Les Yvelines dans la Seine et Oise autrefois, Marcel Delafosse, éditions Horvath).

Cette emprise de Paris sur sa campagne proche s’est constituée dès la fin du XIIIe siècle, dans un rayon de 40 à 50 km, soit une journée à cheval, pour développer les productions les plus difficiles à conserver et à transporter : maraîchage, arboriculture, horticulture. Certaines communes se sont spécialisées : les carottes à Flins ou Aubergenville, les poireaux à Epône ou Mézières, les asperges et petits-pois à Porcheville, aujourd’hui les salades à Montesson. Des variétés ont même pris des noms locaux comme l’épinard ’Monstrueux de Viroflay ’.

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Source : IGN

L’importance de la vigne (en pointillés violets), telle qu’elle apparaît sur cet extrait de carte IGN de 1900 (source : IGN, carte 1900)

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Les grandes étendues de vigne à Saint-Germain-en-Laye, au début du XXe siècle, sur le coteau de Seine en contrebas de la Grande Terrasse (source : Les Yvelines dans la Seine et Oise d’autrefois, Marcel Delafosse, éditions Horvath).

Les paysages maraîchers s’enrichissaient de la vigne. Des hauteurs de Montmorency et de Cormeilles, des versants de la Seine jusqu’au confluent de l’Oise et à la bordure nord des collines de Marly, le vignoble a ceinturé Paris jusqu’à la fin du XIXe siècle, à la faveur du transport rendu facile par la proximité de la Seine.

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Fruitiers sur les pentes ouvertes vers la vallée de la Seine et Poissy, entre Aigremont et Chambourcy.

Les vergers, plus récents, ont pris la place de la vigne lorsqu’elle a disparu avec la concurrence des vins du midi et les ravages du phylloxera, au début du XXe siècle. Cultivés en poiriers, puis en pommiers, on y cultivait également d’autres variétés spécifiques comme la reine-claude tardive de Chambourcy. On voit encore ces vergers notamment autour d’Orgeval (de Chambourcy à Vernouillet), où la carte des « paysages et agriculture » montre un reste de concentration (taches rouges). Ils sont aujourd’hui fragilisés par la pression de l’urbanisation, aggravée par le passage de la RN 13, de l’A13 et de l’A14.

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Le discret arpent de vigne de Bougival, remis en culture sur le coteau, témoigne d’une économie disparue mais ouvre aussi des vues précieuses sur le paysage de la commune.

Quant à la vigne, elle n’existe plus que sous forme charmante mais anecdotique de quelques arpents replantés par les communes désireuses de faire vivre la mémoire de la terre : à Sartrouville, à Tacoignières (500 m2), à Saint-Germain-en-Laye et au Pecq (1 900 pieds), par exemple. Outre leur valeur culturelle et patrimoniale, ces parcelles de vigne donnent de précieuses ouvertures visuelles dans le paysage habité.

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Source : ADY

Une vue de Bonnières-sur-Seine vers 1910 : le parcellaire en lanières perpendiculaires au fleuve est bien lisible et dessine un paysage jardiné et soigné.(source : Archives départementales des Yvelines)

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Verger en friche à l’Etang-la-Ville.

L’ensemble maraîcher, viticole, arboricole, horticole, de la ceinture parisienne a composé des paysages agricoles jardinés et soignés, marqués par un petit parcellaire organisé en lanières perpendiculaires au fleuve et dans le sens de la pente des coteaux. On le retrouve dans le parcellaire urbain aujourd’hui. Cette ceinture maraîchère, étendue dans la vallée de la Seine, a commencé à s’étioler et à régresser tardivement, après l’arrivée du train, à partir de la fin du XIXe siècle. L’agglomération parisienne a pu alors s’approvisionner des légumes et des fruits de la France entière, charriés par convois entiers, et même de l’Europe et du monde avec l’avènement des transports routier et aérien. Devenues moins vitales, les terres maraîchères n’ont pas résisté à la pression de l’urbanisation du XXe siècle : spéculation foncière, morcellement des terres, enclavement, conflits d’usages, ... Ponctuellement, le maraîchage de plein champ a même subi des problèmes environnementaux, comme sur la plaine de Chanteloup, disparaissant au profit des grandes cultures (pour l’alimentation animale) en raison, notamment, de la pollution des sols. Les Yvelines ont perdu 65% de leurs arboriculteurs entre 1988 et 2004 (source Atlas rural et agricole d’Ile-de-France, IAURIF 2004). Dans la Région, entre 1988 et 1997, les trois quarts des maraîchers, la moitié des exploitations florales et les deux cinquièmes des arboriculteurs ont cessé d’exister (source chambre d’agriculture d’IdF).

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Les fermes de Gally, ferme pédagogique et cueillette en libre service, St-Cyr-sur-l’Ecole

Il faut attendre les années 1990 pour que la place de l’agriculture urbaine et périurbaine, remettant à l’honneur les circuits courts de commercialisation, développant les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), l’agriculture biologique et les produits de qualité, conduise ainsi à renouveler le lien ville-campagne et à protéger des espaces agricoles en situation de forte pression d’urbanisation. A ces relations s’ajoute la cueillette à la ferme, comme à la ferme de Gally où la cueillette en libre-service existe depuis 1984.

Pris dans l’urbanisation, ces paysages maraîchers de la ceinture de Paris offrent des espaces de respiration potentiels pour la population, ouverts sur le ciel et révélateurs de la géographie puissante de la vallée de la Seine et de ses environs.