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La continuité des espaces naturels, les mosaïques et les corridors biologiques

publié le 8 janvier 2015

La nature fait souvent l’objet de représentations idéalisées issues de notre attachement à certains paysages représentatifs d’une source de bien être, ou d’un équilibre supposé. Forêts, pâturages, ou rivières développant des berges naturelles, composent des tableaux qui nous suggèrent la présence d’écosystèmes stables et permanents. Cette fixité apparente est cependant loin d’être une règle.

L’extension des zones aménagées et du réseau d’infrastructures ainsi que l’exploitation du territoire à des fins industrielles et agricoles ont fini par conduire à une fragmentation des écosystèmes. Cet effet préjudiciable est directement perceptible du point de vue du paysage.

Une nature en perpétuelle évolution : en savoir plus
Au sein d’un territoire, la répartition et la typicité des milieux naturels sont le fruit d’une histoire mouvante. Les cycles climatiques à petites et grandes échelles font partie des déterminismes les plus remarquables. Certaines espèces encore présentes, témoignent par exemple de périodes passées au climat plus froid. Elles peuvent subsister de manière isolée grâce à des configurations topographiques particulières telles qu’une altitude relativement élevée ou une exposition au nord. On les qualifie alors de « relictuelles ». Les « réservoirs de biodiversité » importants comportent souvent ce type de configurations très marquées offrant des zones refuges pour certaines espèces. C’est le cas notamment des deux principaux réservoirs de biodiversité des Yvelines que sont l’arc boisé de Rambouillet et les grands méandres occidentaux de la Seine surplombés par leurs coteaux. Des changements historiques plus récents, liés aux activités et aux implantations humaines ont fortement influencé la composition des milieux naturels. Certains milieux comme les prairies ou les étangs découlent directement de leur gestion. D’autres milieux à forte biodiversité comme les tourbières ou les pelouses sableuses sèches ont pratiquement disparu suite à leur destruction au bénéfice d’autres usages. Plus récemment encore, l’observation de nouvelles espèces sur le territoire peut être due à des introductions ou même à des migrations répondant à une évolution climatique en cours. Ces nouvelles espèces naturalisées sont susceptibles, dans certains cas, de modifier les équilibres écologiques suivant la place qu’elles occupent dans l’écosystème. Ces modifications ont un impact graduel plus ou moins prégnant sur le paysage comme par exemple la présence récurrente du platane et du noyer en bord de rivière ou de boisements de robiniers en milieu forestier. Ces impacts peuvent également être indirects en modifiant par exemple la pression de régulation sur la végétation d’herbivores comme le lapin ou le ragondin en expansion récente. Lorsque les effets de nouvelles espèces sont jugés néfastes pour la biodiversité, elles peuvent être alors qualifiées « d’invasives » et des programmes de régulation sont entrepris.

L’équilibre des écosystèmes est régi par d’incessantes mutations. Cela se traduit notamment par la nécessité pour les espèces de se déplacer : d’une part parce que les populations évoluent et sont en quêtes d’échange ou de nouveaux territoires ; et d’autre part parce qu’une espèce peut avoir besoin de fréquenter différents habitats pour son cycle de vie. Dans ce cadre, l’organisation du paysage revêt une importance incontournable au point que « l’écologie du paysage » objet de son étude, est devenue une spécialité à part entière.

De très nombreux exemples illustrent les potentialités de déplacement des espèces en fonction de la matrice paysagère et de l’organisation de ses éléments : les grands cervidés, bien qu’ils puissent traverser des espaces ouverts sur de grandes distances, ont besoin de surfaces boisées importantes ; inversement, la chouette chevêche, qui apprécie les paysages semi-ouverts comme le bocage, évitera de se déplacer à travers de grandes cultures à moins que quelques bosquets venant les ponctuer lui permettent un franchissement par étape ; de même, un écureuil hésitera à s’engager dans une direction en l’absence d’arbres où il puisse se réfugier à moins d’une trentaine de mètres. Ainsi, la composition du paysage support de biodiversité et la continuité de ses éléments influencent dans une large mesure la qualité des espaces naturels.

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Axe continuité par milieux thématiques d'après les conclusions de la trame verte et bleue (écosphère 2011). En vert les axes forestiers pour la grande faune, en orange les continuité calcicoles et en bleu les corridors aquatiques

Le terme de corridor biologique traduit les potentialités de déplacement pour les espèces. Dans les Yvelines, l’arc boisé du massif de Rambouillet et la vallée de la Seine ont été identifiés comme les principaux corridors d’échelle régionale. A l’échelle du paysage, la continuité du réseau d’éléments linéaires comme les haies et les ruisseaux ainsi que la juxtaposition de différents milieux sont importants.
Les continuités paysagères concernent les relations des différents milieux se succédant tout au long d’une séquence. Celle-ci peut être topographique, géologique ou liée à l’usage du sol.
Sur le territoire des Yvelines plusieurs cas peuvent être observés selon les différentes unités paysagères.
On y retrouve de nombreux exemples de passage de la forêt aux milieux ouverts. Celle-ci peut se traduire par une transition de milieux semi-ouverts tels que des vergers suivis par des prairies entourées de haies avant d’arriver à une plaine cultivée. Cette succession peut également concerner les espaces en bordures de villages en plaine, avec des espaces tampon entre les grandes cultures et l’habitat composés de prairies, vergers ou jardins. Ainsi les espaces de transitions revêtent une grande importance en termes de richesse écologique et paysagère et ce y compris pour le confort de l’habitat humain.
Les grandes séquences topographiques sont perceptibles notamment sur les reliefs telles que les falaises de la Seine où l’on retrouve sur le plateau calcaire la hêtraie calcicole suivie par des fourrées et des pelouses calcaires, puis les falaises abruptes de la craie s’achevant par des éboulis de colluvions colonisés par des fourrés plus frais. Sur les buttes témoins on retrouvera la forêt acidiphile sur sables puis de petits boisements humides accompagnant les sources et les suintements avant d’atteindre un vallon ou un nouveau plateau en aval.
Le réseau hydrographique établit également des séquences caractéristiques avec, pour les petites rivières, différentes zones humides attenantes allant du marais à la prairie humide ou des boisements humides voire des peupleraies. La vallée de la Seine comprend quant à elle de vastes terrasses alluviales accueillant des noues mais également des milieux de pelouses sableuses et de chênaies sèches. L’intégrité des séquences liées aux cours d’eau a souvent été perdue suite aux transformations et à la densité des implantations humaines.
Ces séquences offrent une mosaïque de milieux dont la complémentarité apparaît très importante pour l’accueil de la faune. Ainsi, de nombreuses espèces exploitent un habitat se traduisant par des organisations particulières du paysage.
Au sein de ces séquences, les passages d’un écosystème à un autre, appelés écotones, ont une importance stratégique pour la biodiversité. En effet ils offrent souvent des milieux très productifs accueillant des espèces particulières et en attirant d’autres qui cherchent à s’y nourrir. Les lisières forestières et les berges des cours d’eau font partie des écotones les plus sensibles. Ainsi, le traitement des limites revêt une grande importance pour l’écologie du paysage.
La continuité des paysages, la fonctionnalité des corridors et des écotones font partie des principaux enjeux actuels pour le maintien de la biodiversité. Cette prise en compte se traduit notamment par l’élaboration de trames vertes et bleues.