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La machine de Marly et ses vestiges

publié le 8 janvier 2015 (modifié le 22 décembre 2015)
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Source : ADY

Vue générale et coupe de la machine de Marly.17e (Source : Les eaux de Versailles, [Archives départementales des Yvelines-]).

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

L’aqueduc de Louveciennes, l’un des maillons, encore visible aujourd’hui, de la chaîne d’ouvrages qui servait à transporter l’eau de la Seine remontée par la Machine de Marly, vers le parc de Versailles.

Le parc de Versailles, si gourmand en eau, exigera d’autres aménagements plus pharaoniques encore que ceux des plateaux de l’Yveline : l’un au nord pour capter les eaux de la Seine, l’autre au sud pour prendre celles de l’Eure.

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Source : ADY

La Machine de Marly peint par Pierre-Denis Martin en 1723. On aperçoit à droite en arrière-plan l'aqueduc de Louveciennes et sa tour du Levant. ([Archives départementales des Yvelines])

Le captage des eaux de la Seine représentait un défi, à 10 km de Versailles et surtout à plus de 140 m en contrebas. La machine de Marly, construite par Arnold de Ville en 1681-1682 à Bougival (à hauteur des actuelles écluses de Bougival), permit cet exploit. Elle exigea des aménagements complémentaires non moins importants. A l’amont, Colbert fit canaliser une partie de la Seine en reliant les îles par des digues depuis l’île de Bezons, séparant ainsi le fleuve en deux bras : un bras Ouest pour la navigation et un bras Est réservé à l’alimentation de la machine en créant un rétrécissement et une chute artificielle d’un à deux mètres pour entraîner les roues à aubes.

Quant aux eaux de l’Eure, elles n’ont jamais atteint Versailles. Les travaux du canal de l’Eure (80 km entre Pontgouin à côté de Chartres et l’étang de la Tour à côté de Rambouillet) sont interrompus dès 1688 malgré deux aqueducs construits à Berchères (1 000 m de long) et à Maintenon (5 000 m de long), hors département des Yvelines.

La Machine de Marly : en savoir plus
Actionnées par le courant de la Seine et la chute d’eau artificielle créée, 14 grandes roues à aubes de 12 mètres de diamètre entraînaient des pistons refoulants. Par un système de balancier et de chaînes, chaque roue actionnait ainsi en continu 8 pompes immergées dans la Seine et une série de pompes situées aux niveaux supérieurs sur les 700 mètres du coteau. La dénivellation était trop forte, plus de 150 mètres, pour faire monter l’eau d’un seul jet jusqu’à l’aqueduc. Les cuirs des pistons n’auraient pas résisté à la pression de 15 bars, si bien qu’il fut nécessaire de diviser la montée en trois paliers de 50 m avec deux puisards qui seront creusés à 48 m et 99 m au-dessus du fleuve et deux bassins intermédiaires, eux-mêmes munis de pompes. Chaque roue à aube était munie d’un varlet qui, pivotant autour d’un axe vertical, transformait le mouvement parallèle au fleuve des roues en un mouvement perpendiculaire. Celui-ci actionnait alors des doubles tringles maintenues par des balanciers, eux-mêmes fixés sur un chemin de bois continu comprenant des chevalets, innovation principale de la machine et qui actionnaient les pompes intermédiaires sur le coteau.

La partie amont des transmissions s’arrêtant à la station intermédiaire dite de mi-côte était appelée transmission des petits chevalets. La partie d’aval montant jusqu’à la station intermédiaire supérieure s’appelait transmission des grands chevalets. Elle actionnait aussi au passage un ensemble de pompes à la station de mi-côte. La machine comptait au total plus de 250 pompes. La puissance théorique de la machine était de 700 chevaux environ et son débit théorique maximal de 6 000 m3 par jour.

L’eau effectuait sa dernière remontée dans la tour du Levant, haute de 23 mètres et construite par Mansart au sommet du coteau de Louveciennes.

La machine de Marly fonctionna cahin-caha durant 133 ans. Elle sera détruite en 1817, remplacée successivement par une machine provisoire, une pompe à vapeur, la machine de Dufrayer (qui arrêta en 1893 de pomper dans le fleuve, trop pollué, pour pomper dans la nappe) et enfin un groupe d’électro-pompes en 1968.

Arrivée en haut de la colline de Louveciennes, l’eau était déversée dans le réservoir du sommet de la tour du Levant. Le pont-aqueduc de Louveciennes conduisait alors l’eau vers le sud sur 640 m, survolant le paysage de ses 36 arches à une hauteur de 10 à 20m. A l’extrémité sud, la tour du Jongleur, haute de 12 mètres, permettait de déverser l’eau par un siphon jusqu’au regard du Jongleur, qui répartissait le précieux liquide vers les réservoirs destinés aux jardins du château de Marly et vers ceux de Versailles. Depuis ces derniers, un aqueduc souterrain, dit de Marly, long de 6 km acheminait l’eau, toujours par gravité, vers le bassin de Picardie. De là, un autre aqueduc, dit mur de Montreuil, acheminait l’eau jusqu’au mont de Montbauron, une colline de Versailles où quatre réservoirs avaient été construits. (Ceux-ci recueillaient aussi les eaux du réseau inférieur formé par les étangs du plateau de Saclay). Des tuyauteries enterrées partaient de Montbauron vers les réservoirs dits intermédiaires du parc situés sous le parterre ou au-dessus de l’aile Nord. Le stockage continue de fonctionner de nos jours à Montbauron, fournissant une heure de réserve d’eau pour l’alimentation des grandes eaux de Versailles.

L’aqueduc de Louveciennes, vestige le plus visible de ce système hydraulique hors du commun, fut mis hors service en 1866 et remplacé par des canalisations souterraines.